Le PRE

Le Pure Race Espagnole ou PRE (Pura Raza Española), également appelé andalou, est une race de cheval de selle de souche ancienne originaire d’Andalousie. L’élevage structuré de la race débute au XVIe siècle sous l’impulsion de Philippe II d’Espagne et des moines chartreux. Il connaît une période de grande renommée dans les cours européennes au XVIIe et XVIIIe siècles, époque où il influence de très nombreux élevages et représente le cheval idéal en matière d’équitation classique. La race perd de son importance au XIXe siècle avec l’engouement nouveau pour le Pur Sang. Confidentiel jusque dans les années 1960 afin de maintenir un niveau suffisant d’effectifs, le Pure race espagnole connait un renouveau d’intérêt. Bien que l’immense majorité de ces chevaux soit stationnée en Andalousie, il est élevé depuis dans de nombreux autres pays dont la France.

Cheval facilement identifiable avec sa robe très souvent grise, le Pure race espagnole possède un corps compact, une encolure massive et un aspect très élégant, notamment grâce à sa longue crinière ondulée. Ses allures sont caractéristiques car souvent relevées, avec une aptitude naturelle au piaffer et au passage.

Longtemps utilisé pour tout le travail de haute école, dont l’héritage est assuré par l’école royale andalouse d’art équestre, le Pure race espagnole est recherché pour le dressage de compétition jusqu’au plus haut niveau. Également employé en équitation traditionnelle, où sa présence dans les arènes est remarquable, ainsi qu’en attelage, il a la faveur des écuyers de cirque et de spectacle. Il sert souvent de monture au cinéma, où son allure et son bon tempérament sont appréciés.


Description

Morphologie

Sa conformation générale est celle d’un cheval compact, puissant, bien bâti mais très élégant. C’est en effet un cheval très raffiné avec une forte présence. Un léger manque de vitesse est constaté mais celle-ci est compensée par une très grande agilité. La hauteur au garrot est de minimum 1,50 m pour les juments et 1,52 m pour les mâles, avec une moyenne de 1,60 m. Les PRE sont longtemps restés de petits chevaux mais la race a fort évolué ces dernières décennies, et certains sujets dépassent les 1,70 m. La race présente un important dimorphisme sexuel, les juments étant beaucoup plus fines que les mâles, particulièrement au niveau de l’encolure.

Tête

La tête est de taille moyenne à longue, bien proportionnée et plutôt fine, surtout chez les juments. Le front est large et le profil droit ou subconvexe. L’œil est grand, le regard vif et expressif. Les oreilles sont de petite taille, bien actives et la pointe tournées vers l’extérieur. Les naseaux sont bien formés et peuvent s’étendre pour obtenir une grande quantité d’air à l’effort. La lèvre supérieure est bien mobile et la bouche d’une grande sensibilité. Le bout du nez est légèrement effacé.

Corps

Son corps est court et robuste. L’encolure est légèrement arquée et bien attaché. Longue et épaisse, elle reste toutefois très élégante. Le poitrail est large et profond. Les épaules sont longues et amples. Le garrot est bien sculpté. La ligne dorsolombaire est droite et le dos est court, tout comme les reins. La croupe est bien ronde, puissante et inclinée. L’abdomen est assez rond. La queue est attachée assez bas.

Membres

Les membres sont d’une longueur moyenne, nets et raffinés. Cela n’empêche pas une bonne robustesse. Les articulations sont larges. Les pieds sont bien formés et le sabot est dur.

Crins

Les crins sont longs et très abondants. Ils sont généralement ondulés. Une queue touchant le sol et des cris très longs sont appréciés, ce qui demande un entretien tout particulier. Des tresses souples sont ainsi confectionnées pour empêcher aux crins de s’emmêler ou se casser.

Robes

La robe la plus répandue chez la race est le gris. Près de 75 % des chevaux sont ainsi concernés. Cette prédominance s’explique par la sélection de la robe grise effectuée par les moines chartreux au cours des siècles. S’agissant d’un gène dominant, la sélection en a été facilitée et la robe s’est répandue.

Les robes baies ou noires sont plus rares, mais commencent à devenir courantes. L’alezan a longtemps été considéré comme un défaut. Depuis un Décret Royal espagnol publié en décembre 2002, toutes les robes sont admises chez la race. L’alezan est bien entendu concerné, mais ce décret signifie surtout que toutes les robes et particularités sont désormais admises ; les yeux bleus comme les marques primitives. Cette ouverture a entraîné un engouement commercial nouveau pour les robes rares, et certains chevaux de couleur peuvent atteindre des sommes très conséquentes à la vente. La robe pie semble avoir totalement disparu chez la race. On en retrouve cependant des traces s’exprimant dans des balzanes haut chaussées ou de grandes listes chez certains sujets.

Allures

Les allures sont historiquement relevées, avec une aptitude naturelle au piaffer et au passage ; cette dernière étant d’ailleurs l’une de ses allures les plus brillantes. La sélection mène de plus en plus à des sujets aux allures plus étendues, avec un geste aérien et énergique. Le « billardage », défaut fréquemment rencontré chez la race, tend à disparaître.

Tempérament

Au niveau du caractère, le PRE est un cheval facile et intelligent. S’il est fier et courageux, il garde toujours un tempérament agréable. Sa bouche délicate en fait un cheval fin et obéissant, quand il est monté correctement.

Génétique

Le Pure race espagnole a fait l’objet de plusieurs études génétiques. L’analyse de son sang a prouvé la présence de six variantes d’allèles rares. Le PRE est très proche génétiquement du Lusitanien, mais ne présente pas de proximité marquée avec les races du Pur Sang, du Connemara et de l’Arabe. Une analyse de ses tissus musculaires, comparant avec ceux du Pur Sang et de l’Arabe, démontre qu’il dispose de moins d’endurance que ces deux autres races.

Lignées et types

Le Pure race espagnole dit « Chartreux » ou « Cartujano » est généralement considéré comme la plus pure souche de la race, et possède l’un des registres d’élevage les plus anciens du monde. Le Cartujano pur est rare, environ 12 % des chevaux andalous enregistrés entre la fondation du stud-book au XIXe siècle et l’année 1998 en sont. Ils ne représentent que 3,6 % de l’ensemble des animaux reproducteurs, mais 14,2 % des étalons utilisés pour la reproduction. Par le passé, les Cartujano ont été privilégiés dans l’élevage, menant à une grande proportion d’ascendance de la population de la race depuis un petit nombre de chevaux, ce qui a peut-être limité la diversité génétique. Une étude réalisée en 2005 a comparé la distance génétique entre les chevaux Cartujano et les autres PRE. Ils ont calculé un indice de fixation (Fer) basé sur des informations généalogiques. La distinction entre les deux n’est pas étayée par une preuve génétique. Cependant, il y a de légères différences physiques. Les Cartujano sont plus « orientaux » ou concaves dans leur forme de tête et présentent plus souvent la robe grise, tandis que les non-Cartujano tendent vers des profils convexes et présentent plus souvent d’autres couleurs de robe comme le bai.

Sélection

Le Pure race espagnole fait l’objet d’une pression de sélection pour accentuer certains traits morphologiques29. Dans de nombreuses régions du monde, les associations d’élevages gèrent à la fois le stud-book de l’« Andalou » et celui du Lusitanien. C’est le cas de l’’International Andalusian and Lusitano Horse Association (IALHA), qui revendique le plus grand nombre d’adhérents et de chevaux enregistrés chez la race13. D’autres, comme la Asociación Nacional de Criadores de Caballo de Pura Raza Española (ANCCE) en Espagne, utilisent le nom Pure race espagnole ou PRE, et affirment être la seule autorité à enregistrer officiellement et fournir de la documentation sur les PRE, à la fois en Espagne et dans le reste du monde15. En Australasie, the Australasia Andalusian Association enregistre les « Andalous » (le registre de la race considère ce nom comme interchangeable avec celui de PRE), y compris australiens et issus de croisements avec d’autres races. Ils partagent la responsabilité du « Purebred Iberian Horse » (croisement de PRE et de Lusitanien) avec the Lusitano Association of Australasia80. Dans le registre australien, plusieurs niveaux de croisement sont distingués. Un premier niveau de croisement est à 50 % Andalou, un second niveau de croisement avec un Andalou pur donne un cheval à 75 % Andalou. Le troisième niveau de croisement, connu dans ce registre sous le nom de d’Australian Andalusian, est celui d’un individu du second niveau (à 75 %) avec un Andalou pur. Il figure comme « réserve d’élevage » dans le registre81. L’ANCCE n’enregistre que les chevaux provenant de certaines lignées reconnues. En outre, tous les animaux reproducteurs doivent suivre un processus d’évaluation. L’ANCCE assume des fonctions d’association-mère internationale pour tous les éleveurs à travers le monde qui enregistrent leurs chevaux comme étant des PRE. Par exemple, l’United States PRE association (association PRE des États-Unis) est affiliée à l’ANCCE, suit les règles de l’ANCCE, et dispose d’un système de gestion tout à fait distinct de celui de l’IALHA.


Utilisations

Le PRE a toujours été sélectionné sur ses qualités physiques au cours des siècles. Au XVIIe siècle, l’anglais Cavendish témoigne qu’ils étaient beaucoup plus rapides que tous les autres chevaux connus à l’époque. En 1831, les chevaux de cinq ans étaient réputés pouvoir galoper sans changer le rythme pendant quatre ou cinq lieues, soit environ 15 km. En 1925, l’armée portugaise exigeait des chevaux capables de « couvrir 40 kilomètres sur un terrain accidenté à une vitesse minimum de 10 kilomètres par heure, et au galop un parcours plat de 8 km à une vitesse mimimum de 800 mètres par minute en portant un poids d’au moins 70 kg ». Les militaires espagnols avaient des normes similaires.

Dressage

Par son élevage et sa sélection, le Pure race espagnole est avant tout un cheval de selle. Ses prédispositions naturelles en font un cheval très apprécié pour le dressage, que ce soit pour la basse ou la haute école. Cette haute école est encore pratiquée et mise en valeur, principalement par l’action notable de l’École royale andalouse d’art équestre. Dépositaire directe et naturelle de l’équitation académique espagnole de la Renaissance, elle a, parmi ses nombreuses missions, la promotion du cheval de Pure race espagnole. Le PRE est de plus en plus recherché pour pratiquer l’équitation classique.

Au niveau des compétitions de dressage, le Pure race espagnole est régulièrement présent sur la scène internationale. Deux PRE font partie de l’équipe nationale espagnole médaillée de bronze aux jeux équestres mondiaux de 2002. Certains sujets ont marqué l’histoire du dressage espagnol. C’est le cas d’Invasor, qui, avec son cavalier Rafael Soto, a remporté de nombreuses compétitions nationales et internationales de dressage, notamment une médaille d’argent par équipe aux Jeux olympiques d’été de 2004 à Athènes. Cette équipe médaillée est d’ailleurs composée d’un autre PRE, Oleaje, monté par Ignacio Rambla. Plus récemment, lors des Jeux olympiques d’été de 2008 à Pékin, deux chevaux PRE prennent part à la compétition : l’étalon Rociero XV pour les États-Unis et Fuego XII pour l’Espagne11. Le Pure race espagnole a cependant du mal à s’imposer lors des grandes compétitions internationales où la concurrence face aux chevaux allemands et hollandais est très difficile. Les compétitions officielles sont en effet soumises à une approche germanique du dressage où le mouvement en avant, les allures amples et la rectitude sont privilégiés. Avec son dos court et son modèle compact, le pure race espagnole est morphologiquement pénalisé par la faible étendue de ses allures, mais également par sa grande souplesse qui le rend difficile à maintenir droit. Certaines figures comme le changement de pied au temps sont rendues compliquées. Pour pallier ces difficultés inhérentes à la race, un soin tout particulier a été porté sur l’élevage ces dernières années pour l’améliorer, et notamment en produisant des chevaux plus grands et aux allures plus étendues.

Équitation traditionnelle et de travail

Présentation de doma vaquera.

Très lié à la culture espagnole, le PRE a été beaucoup utilisé comme cheval de travail avec les taureaux, connus pour leur agressivité. Jusque dans les années 1960, les juments participaient traditionnellement à la trilla, une méthode de battage du grain. Les juments, parfois pleines ou avec des poulains à leur côté, passaient des jours pleins au trot sur le grain. En plus d’être une pratique d’agriculture traditionnelle, la trilla a également servi comme test d’endurance, de rusticité et de volonté pour les lignées maternelles de la race. Le PRE reste présent dans plusieurs formes d’équitation traditionnelle, que ce soit en équitation de travail, en doma vaquera et en tauromachie. Son sens du bétail et sa forte mobilité latérale sont autant d’atout dans ces différentes pratiques. La doma vaquera est ainsi une discipline dans laquelle le Pure race espagnole excelle. Ce travail du bétail a la particularité de demander des mouvements spécifiques, d’un haut niveau technique voire artistique, qui exigent du cheval une grande réactivité et une osmose parfaite avec son cavalier. Lors des corridas, les rejoneadors chevauchent également des chevaux de Pure race espagnole. Ces chevaux sont de grandes qualités et extrêmement bien dressés.

Spectacle équestre, mascottes

Par son charisme et sa facilité d’apprentissage, le pure race espagnole est un très bon cheval de spectacle. On le rencontre fréquemment au cirque, dans les spectacles équestres et également au cinéma. Au cirque, Alexis Grüss et les Knie emploient des chevaux ibériques dans leurs spectacles. Dans les spectacles et films auxquels il participe, Mario Luraschi utilise également une grande majorité de chevaux ibériques, et donc des pures races espagnoles. L’académie équestre du Puy du Fou utilise également des chevaux PRE dans ses spectacles. Le cabaret équestre Zingaro, Yves Bienaimé au Musée vivant du cheval de Chantilly, et bien d’autres ont utilisé des chevaux ibériques pour une ou plusieurs réalisations de spectacles équestres. Traveler, la mascotte de l’Université de Californie du Sud, est un andalou.

Attelage

Le pure race espagnole a toujours été attelé en Andalousie. L’attelage traditionnel, dit « a la calesera » présente des chevaux ornés et harnachés de très nombreux pompons et clochettes aux couleurs les plus variées. Ce type d’attelage est fréquemment rencontré lors des ferias. La participation du PRE en attelage de compétition est encore récente, mais on trouve déjà des sujets tournant à haut niveau en compétition. Dans cette discipline, l’épreuve de maniabilité est son point fort. Mais il pêche encore sur l’épreuve de marathon, épreuve demandant de grandes qualités d’endurance que le PRE n’a pas développées au cours des siècles. Une sélection toute particulière a été mise en place progressivement afin d’améliorer cette qualité chez la race. Le meneur espagnol José Barranco Reyes a ainsi participé aux jeux équestres mondiaux de 2014 avec ses chevaux pure race espagnole en attelage à quatre.

Autres disciplines

Le pure race espagnole est également adapté à la pratique d’autres disciplines. C’est un bon cheval de loisir et de randonnée où son caractère stable et ses allures confortables sont très appréciées. En Espagne, les PRE peuvent également être rencontrés sur des épreuves de saut d’obstacles. Certains sujets se défendent même sur des hauteurs d’1,40 m. Dans le reste du monde, leur utilisation dans cette discipline est beaucoup plus anecdotique, des races spécialement sélectionnées pour le saut d’obstacles leur étant préférées.